Origines et histoire de l'hypnose

HISTOIRE DE L’HYPNOSE

 

L’hypnose s’étend aujourd’hui progressivement dans le monde des soins. Elle envahit en même temps nos écrans de télévision.

Pendant que les neurosciences se passionnent pour les enregistrements cérébraux des patients sous hypnose, reste attaché à « hypnose » un florilège d’idées reçues : magnétisme, transe, influence, somnambulisme, hystérie,…

La définition en est complexe et toute simple : un état modifié de conscience.

Ce qui, à la fois, nécessite de définir un état, une conscience ou bien un état psychologique particulier reliant le mental, le corps à travers la sensation et le mouvement et un ensemble de technique permettent d’obtenir cet état !

Reprenons la définition de Milton Erickson :

« L’hypnose, c’est une relation pleine de vie qui a lieu dans une personne et qui est suscitée par la chaleur d’une autre personne. »

Les techniques que nous utilisons aujourd’hui sont en continuité avec celles des personnages ayant marqué l’histoire de l’hypnose.

DES ORIGINES A NOS JOURS

Il est difficile de dater les origines de l’hypnose, elles remontent sans doute à la première rencontre entre deux individus...

Nous retrouvons la mise en scène de cette modification de conscience dans différentes cultures et civilisations :

Les écrits sumériens (-6000 ans avant JC) décrivent différents états de conscience, comme les temples du sommeil dans l’Egypte ancienne.

En Grèce la doctrine Pythagoricienne (Pythagore –580 – 495 avant JC) admettait l’existence d’un fluide subtil émanant de tous les corps.

Socrate (-470 -399 avant JC) plongeait ses auditeurs dans un état modifié de conscience propre à créer le doute.

A Delphes, le temple d’Apollon s’élevait sur une crevasse d’où émanait du gaz sulfureux.

La Pythie, qui, mise en condition (jeûne) s’agitait, tombait en transe et donnait alors son verdict à la question…Une médiation divine au service des hommes.

La culture Indoue par la méditation profonde, accède à des pouvoirs curatifs.

Plus proches de nous, les druides, par l’utilisation d’incantations et de breuvages accèdent à l’expression des « volontés divines ».

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Au 15ème siècle, Paracelse (1493-1541) médecin suisse parle d’influence des planètes sur le corps humain et établit une relation entre psyché, corps physique et âme.

En France, la sorcellerie, par diverses pratiques (potions parfums, rituels…) accède à des états modifiés de conscience.

Le champ religieux n’est pas exclu avec ses diverses extases, convulsions, de la simple agitation à la léthargie en passant par diverses figurations de la passion ou des supplices des martyres. (1)

La pratique chamanique sud-américaine, inuit ou russe, induit dans un autre contexte des altérations de conscience. La relation de quelques hommes ou femmes choisis permettant un lien entre un monde terrestre anxiogène et un au-delà .

Lumières, lumière !

Il faudra attendre la fin du 17ème siècle pour que l’homme prenne une autre place au sein de l’univers.

Sous l’influence de la raison, le monde s’explique de manière plus scientifique ; le doute en les puissantes divines éthérées s’insinue dans le quotidien.

Les disciplines comme l’astrologie, la physique, la chimie expliquent les phénomènes naturels jusque-là irrationnels.

Franz Anton Messmer (1734-1815). (2) marque la transition entre magnétisme et science.

Ce médecin Viennois reprenant les travaux de Paracelse, de Van Helmont et de Maxwell (3) publie en 1766 sa thèse de doctorat : « De l’influence des planètes sur le corps humain ».

En 1773, il met en pratique son idée de l’existence d’un fluide universel, en appliquant les travaux du Père Jésuite Hell (4) avec des plaques aimantées .Le fluide est alors minéral mais deviendra animal suite à une polémique sur la paternité du procédé.

Son postulat : un fluide physique emplit l’univers servant d’intermédiaire entre l’homme, la terre, les corps célestes et entre les hommes eux-mêmes. Ce fluide diffusé en tout lieu est capable d’être canalisé, distribué (par des passes Mesmériennes) et ainsi provoquer une salutaire libération par toute manifestation de mouvements (crise magnétique).

« Sans la présence du thérapeute le métal à lui seul n’est rien » dit Messmer en1775, soulignant pour la première fois la nécessaire présence animale.

Arrivé à Paris en 1778, il publie en 1779 son récit historique des faits relatifs au magnétisme animal.

Devant le succès de sa méthode, il organise le traitement collectif du baquet (5) : un large récipient en chêne rempli d’eau magnétisée par ses soins, de limaille de fer, de verre pilé d’où sortaient des barres de fer.

Les patients recevaient le fluide, qui se transmettait de l’un à l’autre. Musique douce, parfum d’ambiance, lumière tamisée, couleur apaisante parachevait l’ensemble.

Messmer habillé de tenue couleur lilas, en maitre de cérémonie, induisait un étrange comportement collectif sensé réorganiser les énergies et annihiler le mal.

Reconnu à la cour de Marie Antoinette, il connaitra la défaveur du roi louis XVI suite à un avis négatif de la commission royale.

Il reste précurseur par la mise en pratique de méthodes d’induction, d’états modifiés, par son approche fluidique de la relation à l’autre.

 

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Dans le même temps, un élève de Messmer, le marquis Armand Marie Jacques de Chastenet de Puysegur (6) va se distinguer en déclarant, que le soignant par sa volonté n’est qu’un vecteur et quele travail de guérison est effectué par les patients eux-mêmes.

Il obtient pour la première fois un état de somnambulisme en y attribuant un pouvoir extralucide.

Le magnétisme continue sa popularisation et Alexandre Dumas reprend un personnage dans son roman « le comte de Montecristo » : L’abbé José Custodia De Faria. (7)

L’Abbé Faria donne un cours en 1813 sur le sommeil lucide dans la continuité du travail de

Puysegur, critiquant la notion de fluide Mesmérien. Les verbalisations sont autoritaires, très suggestives : « tout se passe dans la tête du sujet »

De Faria marque le tournant, l’effet obtenu ne prend pas source dans un fluide externe, mais tout se passe dans la relation à l’autre, d’homme à homme.

Dans le même temps à Calcutta, le chirurgien Ecossais Estaille (8) pratique de nombreuses opérations sous hypnose.

Un autre chirurgien le Dr James Braid (9) publie en 1843 « neurynologie, traité du sommeil nerveux ou hypnotisme » .Il souligne, dans un premier temps, l’importance de la fixation d’un point pour provoquer une léthargie puis comprend que des suggestions verbales peuvent provoquer le même effet, nommé sommeil nerveux.

Il lui est attribué la paternité du mot hypnotisme, oubliant ainsi son emploi par Etienne Félix de Cuvilliers en1819. (10)

L’utilisation de l’hypnose en chirurgie s’élargit :

1829 Cloquet : ablation d’un sein.

1845 amputation d’une jambe par Loysel de Cherbourg.

1859 Broca et Follin : abcès sous anesthésie hypnotique.

1889 : Liébeault analgésie pour le travail et l’accouchement.

Le monde médical reçoit mal ces pratiques et l’invention du chloroforme et de l’éther donne un coup d’arrêt à l’usage chirurgical de l’hypnose.

Il faudra attendre la fin du 19éme siècle pour qu’Ambroise-Auguste Liébeault (11) réactive le savoir de ses ainés.

En 50 ans les manifestations observées sont passées d’une origine divine, éthérée, vers une véritable incarnation .L’homme devient le propre centre de son univers, commence alors une autre période, la rencontre homme- homme.

 

Le conflit Paris-Nancy :

Après des années de demi-ignorance, l’hypnose retrouve des lettres de noblesse.

Le professeur Jean Martin Charcot neurologue à l’hôpital de la salpêtrière à Paris se penche sur l’étude des hystériques (lésion organique ou psychosomatique).

Pour Charcot, l’hypnose va permettre d’étudier les patientes hystériques, il présente l’hypnose comme un fait somatique de l’hystérie.

Charcot par son statut mondialement reconnu apporte une caution morale et l’hypnose réinvestit le champ médical.

Dans le même temps les travaux du Dr Liébeault portent leurs fruits, il est d’abord décrié par Hyppolite Bernheim puis réussissant à soigner une sciatique que lui-même n’avait pu traiter, il s’en rapproche au point de devenir son élève.

 

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Les résultats de leurs travaux s’opposent à ceux de Charcot : pas de lien entre hystérie et hypnose, l’hypnose est un phénomène naturel accessible à tous, c’est la suggestion qui guérit le patient.

Freud , en 1887, après avoir suivi les conférences de Charcot, repartit en Autriche, utilise l’hypnose. Il rencontre Bernheim en 1889 et traduira son livre sur la suggestion. Il développe sa propre idée de l’inconscient et conceptualise la psychanalyse... Bien que délaissant l’hypnose, qui pour lui ne permet pas de dénouer les conflits psychiques refoulés profondément, il n’en restera pas moins fervent admirateur de Charcot toute sa vie.

Freud spectateur des conflits Français, ferme la porte de l’hypnose mais ouvre une autre voie thérapeutique.

L’homme ne s’est jamais autant retrouvé face à lui-même, dans les profondeurs de l’inconscient.

Devant le succès grandissant de la psychanalyse, l’hypnose s’incline mais ne se couche pas.

 

Un juste retour des choses :

Après la guerre 39-45 et devant la nécessité de guérir les soldats rapidement se développent aux Etats Unis des stratégies thérapeutiques dites brèves.

Sous l’impulsion du psychiatre Milton Erickson, l’hypnose va retrouver ses lettres de noblesse.

Erickson est daltonien, amusique, et contracte la poliomyélite a l’âge de 17 ans, il développe des facultés d’observations hors du commun, vivant ses handicaps comme une ressource, devient la référence en Amérique puis en France du renouveau de l’hypnose.

Passé Maitre dans l’observation des signaux non verbaux, il est le premier à s’impliquer dans la relation hypnotique en incluant son propre état de transe pour obtenir des informations sur la nature de la relation homme-homme. La technique est au service de la rencontre dans une même enveloppe hypnotique d’inconscient à inconscient.

Cet inconscient n’est plus un refouloir pulsionnel, mais un foyer de ressources, le patient ne sait pas qu’il sait déjà, inconsciemment, ce que son conscient ignore.

En incluant les thérapies stratégiques brèves, l’intention de soin étant dissimulée dans des suggestions indirectes, il nous propose non un modèle, mais une grande source d’inspiration.

Les apprentissages sont en attente de réactivation, de remise en mouvement par l’utilisation de la mise en confusion, il sature le mental, obtient un état de transe propre a réorganiser les croyances du patient et ainsi le remettre en mouvement.

Le geste d’action devient la résultante d’un ressenti dans un autre état de conscience.

L’émotion (latin motio : mouvement) devient geste.

Avec Milton Erickson, le moment hypnotique est une rencontre de deux vécus, au présent, d’où émerge un changement de vision du monde.

L’espace prend la forme d’un regard partagé, ou bien, le regard prend la forme d’un espace de partage.

Ses travaux vont être poursuivis par son élève Ernest Rossi qui accentue encore cette rencontre dans le présent, en supprimant totalement les suggestions métaphoriques et indirectes.

 

Aujourd’hui :

En France, François Roustang psychanalyste puis hypnothérapeute donne ses lettres de noblesse à l’hypnothérapie : la transe est un moment de partage, ici et maintenant.

L’enveloppe hypnotique apparait dans cette rencontre permettant un lâcher prise, une rencontre de soi a l’autre puis de soi a soi.

Le thérapeute transformant une intention de soin, dans un contexte (le cabinet), en état de transe hypnotique.

Les travaux du psychiatre Eric Bardot, intègrent dans un modèle plus large les travaux de

Bowlby sur l’attachement et définissent les possibilités d’externalisation de la résultante émotionnelle de cette rencontre hypnotique.

 

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Le voyage à travers le temps hypnotique nous permet de comprendre l’actuelle diversité des pratiques paramédicale et médicales. Chacun puisant dans son vécu, sa sensibilité.

Chacun de nous a sa juste place : l’état de transe provoqué dans un contexte et avec une intention stratégique replace le patient dans une pleine conscience.

C’est à dire avec une possibilité de lâcher prise dans son propre environnement relationnel et de modifier sa position dans un nouvel environnement.

 

Références :

1 : convulsionnaires de st Médard, miracles, convulsions et prophéties à Paris au xviii siècle

C-L Maire (A collections 1985)

2 : Anton Messmer « précis historique des faits relatifs au magnétisme animal »

Réédition l’harmattan (2005)

3 : Paracelse : 1494-1541 « Des forces de l’aimant » - Van Helmont : « le traitement magnétique des plaies »1621 - Maxwell : « De medicina Magnetica » 1679

4 : père Hell : 1775 « rapport impartial »

5 : musée médecine et de la pharmacie de Lyon

6 : Armand Marie Jacques de Chastenet de Puysegur (1751-1825)

« Mémoires pour servir à l’histoire et à l’établissement du magnétisme animal »1784

7 : Abbé De Faria « De la cause du sommeil lucide » 1819 réédition l’harmattan 2005

8 : James Estaille « Mesmerismin india and its pratical applications in surgery and medecine »

1846

9 : James Braid « Neurynologie »1843

Traduction française 1843 hypnose ou traite du sommeil nerveux

10 : Etienne Félix de Cuvillier « archives du magnétisme animal »1819

11 : Liébeault 1886 Nancy « confessions d’un médecin hypnotiseur »

12 : Hull Clark (1884-1952) psychologue américain «hypnosis and suggestibility » New York

1933

 

Médecin: